Communication Non Violente au Maroc

Amour en colère


 Je cherchai une histoire à conter à ma fille Rima pour l’aider à dormir quand j’ai retrouvé cette histoire contée par Jacques Salomé dans son livre « Contes à aimer, Contes à s’aimer». « Le conte de l’amour en colère ». Cette histoire me semble très actuelle avec ce que la planète Terre vit en ce moment. La colère de la Nature au Japon ainsi que dans d’autres endroits dans le monde me semble en partie dû à ce manque d’amour que nous les humains prouvons envers la planète TERRE. Bonne lecture. 

« L’amour un jour se révolta. Une immense colère le saisit et l’emporta loin des humains. « Trop c’est trop, murmurait il, en fuyant la terre.Cela fait des millénaires que j’existe et quand je vois ce que les hommes d’aujourd’hui font de moi! Quand je sens comment on me maltraite, comment on me pervertit, comment on me trompe, comment on me ment ou comment on me fossilise dans de représentations médiocres, dans des films insipides et même dans des romans modernes qui ne sont plus à l’eau de rose mais au fiel de la violence, cela n’est plus supportable, c’est trop difficile, trop douloureux, je préfère renoncer. »

L’Amour cheminait ainsi dans le désert du non-amour qui l’entourait. Plus seul que n’importe quel être vivant au monde, sans la moindre personne à laquelle se confier, partager ou échanger.

Je sais, je sais, certains d’entre vous ne demanderaient pas mieux que de dialoguer avec lui, de le rassurer peut-être et même de l’aimer, mais même cette opportunité lui aurait paru dérisoire et sa détresse infinie l’oppressaient.

Je vais vous confier le plus terrible : l’Amour, désespéré, déprimé, avait même pensé à mettre fin à ses jours. Il avait envisagé de se suicider. Oui, oui je sais, vous ne me croyez pas. Vous imaginez que j’exagère ou que l’Amour est lus fort que tout, qu’il peut triompher de tous les obstacles, vaincre la violence et la médiocrité de l’époque.

Vous êtes persuadés, peut-être, que l’Amour est invincible, éternel,qu’il est d’un courage ou d’une bonne volonté inusable, à toute épreuve!

Seulement, souvenez-vous, rappelez-vous tout dernièrement ces tempêtes, cette colère du ciel, cette période de grands froids qui dura plus longtemps que d’habitude, cette humidité, triste et tenace, cette non-appétence de vie, cette baisse d’énergie, souvenez-vous de l’irruption de plus de violence, d’incohérences, d’injustice, d’incompréhension, de guerres, de famines, de tortures qui traversa le monde il y a peu de temps encore.

Essayez de retrouver vos sensations de l’époque. Vous pensiez peut-être que c’était le hasard. Un concours de circonstances, une faiblesse de l’univers, un moment d’inattention des dieux, un oubli du divin, ou encore un trou dans le filet de la vie, une hémorragie de cosmos….

Non! C’était tout simplement l’Amour qui, découragé, épuisé, lâchait prise, renonçait. Je vous le cofirme, l’amour démissionnait!

Il préférait en finir avec cette existence de fou, il voulait, dois-je vous le dire vraiment : oui, il voulait se tuer!

Heureusement que l’Amour était un novice en la matière. C’était la première fois de sa vie fabuleuse qu’il voulait mourir et il ne savait pas comment s’y prendre. Il se sentait vaguement éternel, mais ignorait comment se supprimer, comment disparaître à jamais en mettant fin à ses jours.

Autour de lui il voyait des hommes et des femmes en amour, totalement inconscients, aveugles sur le drame qui se jouait en eux et autour d’eux.

Car le propre de l’Amour, vous l’ai-je dit ? C’est que dans son immense générosité, son abondance fondamentale, l’Amour se donne, s’offre, se dépose sans contrepartie dans chaque être vivant. Il se donne gratuitement pour que chacun puisse, au cours de sa vie, s’embellir, s’agrandir, s’amplifier avec lui. A la fin d’un cycle de vie, il se sépare de celui ou de celle qui l’a ainsi porté, et rejoint dans le Cosmos le Tout, pour se relier ainsi à l’Amour Universel.

Vous allez me demander : « Alors il y a de l’amour déposé partout dans le vivant, même dans un arbre, une fleur, un légume? »

Oui, bien sûr, dans tout être vivant sans exception, il y a de l’Amour.

C’est la mission première de l’Amour, de s’offrir, de s’abandonner sans réticence, sans condition, incroyablement confiant en tout ce qui est vivant.

Mais je suppose que chacun sait cela, et je vous en prie, ne commencez pas à m’interrompre avec des questions futiles.

Je disais donc que l’Amour, déçu, abattu, meurtri de ne plus se sentir respecté par les hommes et les femmes qu’il avait aimés, cherchait le meilleur moyen de mettre fin à ses jours, je veux dire à ses réincarnations successives ou à ses voyages, si vous préférez appeler chacun des cycles de sa vie comme ça.

Si je vous confiais qu’il fut très près de réussir son suicide, vous comprendriez mieux aujourd’hui toute cette désespérance qui vous habite et qui se répand de plus en plus souvent autour de vous, sur cette terre. Avez-vous remarqué combien l’amour a perdu de sa réalité, comment il est abusivement idéalisé pour les enfants et quelques adultes naïfs, comment il est échangé, vendu, mis en conserve, proposé en kit, en prêt à porter, bradé après quelques années de vie communes dans certains couples.. que sais-je encore ?

Je peux vous le confirmer : l’Amour est en convalescence. Tout faible, amaigri, il s’est réfugié dans le rêve. Il attend des jours meilleurs. Il est devenu prudent, réservé, presque timide.

Je vous disais qu’il attendait, oh non pas de façon passive, il cherche quand même, il cherche des êtres susceptibles de devenir Amour à leur tour, pour alimenter la grande roue du temps. Il ne veut plus habiter des hommes et des femmes qui sont dans le besoin d’être aimés ou la peur de ne plus l’être; il ne veut plus être maltraité par tous ceux qui le consomment au travers de l’amour d’un autre.

Il ne veut plus se développer et fleurir chez des êtres qui vont l’offrir à un être sans vie, à une évaporée, à une cupide qui se contentera d’être aimée ou à un volage qui le consommera au fast-food de son existence pressée. Il ne veut plus qu’on lui dicte comment il doit être. Il ne veut plus servir d’alibi à la pratique d’un terrorisme relationnel visant à s’approprier, à contrôler ou à asservir l’autre à ses propres désirs, ou besoins, ou encore à l’enfermer dans ses peurs.

Il est devenu exigeant l’Amour! Il veut des êtres libres de l’accueillir pour l’agrandir jusqu’au coeur de la vie.

Que puis-je vous dire de plus?

Qu’il est temps de se réconcilier avec l’Amour?

Qu’il est nécessaire de réinventer notre relation à lui!

Qu’il est urgent de lui donner la place qu’il mérite, qu’il attend pour se manifester pleinement, de lui offrir un lieu d’épanouissement, de liberté et de créativité en chacun de nous. En quelques mots, puis-je vous inviter, chacun d’entre vous, à oser à votre tour…devenir Amour ? »

Jacques Salomé, « Contes à aimer contes à s’aimer ».


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